|
Le CPCT d’Antibes : présentation et mode d’emploi Franck Rollier Directeur du CPCT-Antibes Le Centre Psychanalytique de Consultations et Traitement d’ Antibes a ouvert ses portes il y a 9 mois. Cette création d’une institution orientée par la psychanalyse s’est effectuée sous l’égide d’une école de psychanalyse, l’Ecole de la Cause Freudienne, fondée par le Dr Lacan en 1981 et qui a été récemment « Reconnue d’Utilité Publique » et cette création s’est appuyée sur l’ expérience d’un premier CPCT inauguré à Paris en 2003, connu sous le nom de CPCT - Chabrol qui a rapidement pris une extension importante et est maintenant subdivisé en plusieurs unités : enfants, adolescents, précarité, dépression. Antibes fut le second CPCT ouvert en France et il en existe maintenant une dizaine (Marseille, Bordeaux, Lyon, Rennes, etc.) ainsi qu’en Belgique, en Espagne et en Italie. Deux principes cardinaux caractérisent le fonctionnement des CPCT Ce sont la gratuité des traitements et leur durée limitée : voilà qui peut paraître paradoxal quand on sait combien la psychanalyse s’était ancrée dans l’a priori d’une durée de travail nécessairement longue et d’un paiement ! eh bien la psychanalyse a levé l’ancre, du moins pour cette branche de la psychanalyse que nous nommons « psychanalyse appliquée », pour la différencier de celle qui se déroule au cabinet de l’analyste, de la cure en tant que telle. Ces deux principes nous placent donc en dehors du circuit de ce que l’on appelle volontiers aujourd’hui « le marché de la santé mentale ». En s’affranchissant du cadre classique de la psychanalyse dite pure (celle de la cure ), les CPCT ont pour visée de s’adresser à un public qui n’aurait le plus souvent ni l’idée, ni l’occasion de rencontrer un psychanalyste. La durée courte du traitement éventuellement proposé après quelques consultations – qui pour être variable n’excède pas 4 mois, pouvant être exceptionnellement renouvelable une fois - impliquerait-elle pour autant une psychanalyse au rabais, que nous nous contentions d’écouter un petit moment la souffrance, les plaintes de ceux que nous recevons ? Non, car il ne s’agit pas seulement d’écoute, qui en elle-même est toujours insuffisante; notre écoute est le support d’actes qui sont au principe même de la fonction de l’analyste. Dans cette durée brève, le consultant - psychanalyste, c’est ainsi que nous appelons les praticiens qui travaillent au CPCT, s’engage en acte pour qu’après un traitement au CPCT, pour celui qui s’est adressé à nous, ce ne soit plus comme avant. C’est ce que les cas cliniques qui vont vous être exposés montreront - le premier acte étant de dire que oui un travail est possible au CPCT ou bien de dire que non et alors d’orienter précisément le patient vers un lieu plus approprié. La pratique de la psychanalyse appliquée requiert une formation poussée, réellement continue. Les consultants - psychanalystes du CPCT, au-delà de leur formation universitaire de psychologue clinicien ou de médecin psychiatre, se sont chacun pour son compte engagés dans une cure analytique et aussi dans une formation théorique aux concepts psychanalytiques qui permettent de penser notre pratique et de l’orienter - la cure personnelle et les concepts nous permettant de ne pas errer ou divaguer - et cela n’est jamais acquis. Christine de Georges vous dira par quels moyens l’institution CPCT s’ efforce d’y veiller. Le CPCT d’ Antibes comporte deux particularités La première est le mode de relation, de nouage original que nous avons crée avec la ville, grâce au soutien efficace du député - maire le Dr Léonetti et de plusieurs élus. La ville a signé avec nous une convention de mise à disposition de locaux – trois demi journées par semaine (les mercredi et vendredi après-midi et le samedi matin) et nous occupons deux bureaux situés dans une agréable dépendance du service qui reçoit les allocataires du RMI. La ville fait une place à la psychanalyse en tant que telle et, en retour, l’institution CPCT s’implique dans la ville. Elle a adhéré au réseau santé - précarité de la ville et plus largement elle noue de multiples relations avec les professionnels de l’éducatif, de l’enseignement, du social, du judiciaire et bien entendu de la médecine et de la psychiatrie, de la psychiatrie du secteur public au premier chef (avec les services d’hospitalisation, les urgences, l’unité adolescent, l’intersecteur de pédo - psychiatrie). Le CPCT se fait aussi un principe d’informer et de transmettre les résultats de sa pratique, comme cette matinée en est un exemple. La seconde particularité tient à la population que nous proposons de recevoir : des adolescents de 12 à 25 ans, mais aussi un parent, un éducateur, un enseignant qui souhaite clarifier une situation difficile avec un adolescent. Pour chacun d’eux, le CPCT peut être un lieu de parole, non médicalisé, où il lui est possible de rencontrer un consultant psychanalyste - c’est-à-dire quelqu’un de radicalement différent de ses interlocuteurs habituels. Nous sommes actuellement 10 praticiens de l’équipe (qui comprend 15 personnes) engagés dans cette pratique de consultations, bénévolement, 2 à 3 heures par semaine. Le mode d’emploi du CPCT Il est des plus simples : l’adolescent ou quelqu’un de son entourage téléphone et un rendez-vous est proposé, jusqu’à présent sans liste d’attente – ce qui ne va pas durer vu le nombre croissant des demandes et les créneaux horaires limités qui nous ont été accordés. Quelques chiffres : depuis l’ouverture le 24 janvier 2007, il y a donc 9 mois, nous avons déjà reçu 100 personnes, ce qui représente 351 consultations, 281 avec un adolescent et 70 avec un adulte. Que peut-il se passer dans une consultation au CPCT ? Ce qui est visé est l’obtention d’effets thérapeutiques, que quelques consultations y suffisent parfois ou qu’un traitement court soit proposé pour traiter un point précis qui aura été dégagé ; il pourra s’agir de permettre à un sujet d’apaiser un état d’angoisse ou de franchir un cap - celui d’un examen redouté, celui de la dépression engendrée par une séparation ou un deuil, celui d’un conflit de relations dans la famille. Selon les cas, selon ce que permet la structure du sujet, le travail au CPCT pourra amener à une ouverture de l’inconscient et à une élaboration sur un fonctionnement angoissant ou douloureux, ou encore pourra rendre plus léger le poids d’un Autre qui pour ceux que nous recevons peut se révéler terriblement exigeant voire parfois même persécuteur ; il peut s’agir aussi d’œuvrer à la construction d’une solution, d’un symptôme, là où il n’y avait par exemple que de l’angoisse ravageante, une solution qui mette un peu d’ordre dans la vie de ce sujet et lui permette d’avancer. Conclusion L’éveil ou le réveil - de la sexualité, de la pulsion - sont au coeur de la clinique que nous rencontrons avec les adolescents. Avec la création des CPCT, la psychanalyse d’orientation lacanienne soutient sa fonction d’éveil, s’inscrivant dans une suite logique initiée par le Dr Lacan qui, par ses recherches et son enseignement cliniques, avait ouvert le champ des psychoses à notre pratique (pratique jusqu’alors limitée à celui des névroses). Avec les CPCT, un pas nouveau est franchi, qui aussi bien réveille les psychanalystes qui s’engagent dans cette expérience. Pour celui qui s’adresse à nous, la rencontre avec un consultant du CPCT peut ouvrir à la possibilité d’une relation, d’un lien différent de celui qu’il peut avoir avec un ami, un parent, un professeur, une infirmière ou un médecin – un lien qui n’est sous-tendu par aucun savoir ou norme pré-établis, qui ne débouche sur nul conseil ou prescription, mais qui met son utilité au service d’un savoir à découvrir ou à construire dans la parole de celui qui nous consulte. Car loin d’aborder les symptômes seulement comme des signes négatifs à éliminer, une particularité de notre approche est de prendre appui sur ce que ces symptômes recèlent du plus intime, du plus original d’un sujet – c’est-à-dire sur sa jouissance - afin qu’il y puise de quoi inventer SA solution. La présence de la psychanalyse dans la cité, si elle nous engage vis-à-vis de la collectivité, vis-à-vis de vous, vise toujours ce que chaque sujet a de plus singulier.
|